ÉDITION 2020 :

INVISIBLE CONNECTIONS

 Jeudi 12 Mars 2020


Ces dernières années nous avons pu constater les effets directs de l’activité humaine sur notre environnement. Avec l’émergence des nouveaux modes de communication nous n’avons jamais été autant au courant de ce qui se passe sur notre planète. Nous avons vu l’émergence de multiples mouvements citoyens, avec comme objectif commun d’obtenir une réaction globale. Mais aujourd’hui quels sont les résultats ? Comment sommes nous liés à ce qui se passe à l’autre bout du monde ? Comment agir à notre échelle tout en gardant un esprit critique sur l’incroyable quantité d’informations qui nous entoure ?
A travers nos 4 conférences sur le mode TEDx nous allons tenter de vous donner des clés pour decrypter les phénomènes climatiques actuels, ainsi que ce qui nous y lie.

TALKS TEDx

Nicolas Plain

Polytechnicien
Ingénieur explorateur
Les 3 étapes pour la neutralité
carbone en 2050.


Talks Nicolas Plain

Lina Hamed

Spécialiste de l'apprentissage
Consultante
Apprendre à Apprendre à
transformer son monde.


Talks Lina Hamed

Thomas C Durand

Chercheur et Docteur en Biologie
Expert en pensée critique
L'acrasie aura-t-elle votre peau ?


Talks Thomas C Durand

Interviews des Speakers

Interview de Nicolas Plain



Interview de Linal Hamed



Interview de Thomas C Durand





Articles concernants l'événement

Les élèves de l'association Art' oz Arts, l'association culturelle des Arts et Métiers de Bordeaux, ont rédigé deux articles sur le thème de l'année 2020, Invisible Connections. Découvrez les liens et les analogies qu'ils ont faites autour de cette idée :

Large. Vaste. Etendu. Certains relieront ces deux mots aux sciences. Connexions physiques, atomes assemblés, matière en mouvement, solide, et pourtant faite de milliers de petits riens. D’autres les relieront aux relations humaines. Aux rencontres, aux amis, aux amours, à ces émotions qui soudent entre eux les êtres.

Je vais vous parler d’un premier contact. D’un infime instant précédent le début d’une éternité, quand bien même devrait elle un jour se terminer. Car chaque histoire, chaque rapprochement débute par un coup d’œil, une entrevue, un regard échangé au détour d’un couloir. C’est ce que je vais vous raconter aujourd’hui, au risque de décevoir les plus adeptes du 4.0 d’entre vous. Un regard. Un regard car il est le commencement de tout, car tout s’y joue.

Un regard, c’est un échange réciproque d’informations aux pouvoirs infinis. Plonger dans les prunelles d’un nouvel autre, par pure curiosité, et sans savoir ce que l’on va y trouver, est une aventure quotidienne aux enjeux dangereux.

Regardez en arrière. Rétrospectivement par rapport à vos vies. Choisissez une personne qui y est importante aujourd’hui. N’importe qui. Et retracez en vos esprits le moment précis où vous l’avez aperçue pour la première fois. Difficile n’est ce pas ? Certains font maintenant tellement partie de votre paysage quotidien qu’il semble impossible de penser à l’avant, de les en extraire. Mais concentrez-vous. Je suis certaine que vous pouvez trouver. Et si cela ne correspond pas à la première fois temporelle, je me contenterai amplement de la deuxième, ou d’une n-ième fois, selon votre envie, tant qu’aucun mot n’ait encore été prononcé. Vous ne l’avez toujours pas ? Imaginez. Si votre vie jusqu’à l’arrivée de cette personne était un long tunnel sombre, alors considérez que cette « première fois » correspond à l’instant même où, dans le lointain, vous avez aperçu une raie de lumière. Tamisée, certes, mais tout de même présente. C’est son entrée dans votre microcosme.

La personne passe. S’arrête. Marche. Regarde en arrière. S’assoit sur un siège de classe. Chaque rencontre est unique. Elle est seule. Accompagnée. Vous avez des amis en commun. Vous n’avez jamais entendu parler d’elle. Ne connaissez pas son prénom. Elle pose les yeux sur vous, et voilà que s’établit un contact. Invisible. Furtif. Fugace. La détaillez vous sous tous les angles ? Échangez-vous un sourire ? La détestez vous au premier abord ? Aurez-vous envie de chercher de nouveau ses yeux ? D’engagez une conversation ? Ici ? Maintenant ? Plus tard ? Décidez-vous de passer votre chemin ? Vous retournez vous une fois quelques mètres plus loin ?

Les options sont multiples. Et toutes possèderont leurs conséquences. Car c’est de ce premier contact, de cet embryon que naîtra l’intégralité de votre relation. Ou du moins fera-t-elle ses premiers pas suite à cette entrevue. Corriger le tir sera toujours possible en cas de faux-départ, mais, que l’on se le dise, infiniment plus compliqué. Nos impressions initiales ont la vie dure.

Un premier regard est une connexion unique, fascinante, fracassante. Et selon la façon dont il est manié, peut être envoutant, repoussant, attirant. Invisible. Déterminant. Regardez autour de vous. Il est si facile de passer à côté d’une belle histoire.

Célia DA CUNHA
Elève-ingénieur ENSAM

Connexions invisibles dans un monde dématérialisé

« Nous sommes humains parce que nous avons accès à ce qui n'existe pas. Cette richesse n'est pas donnée à tous, mais ceux qui cheminent jusqu'à ce continent invisible en reviennent chargés de trésors qu'ils font partager à tous les autres »
Le Grand Cœur - Jean-Christophe Rufin

« Invisible connections » - connexions invisibles. Comme sorti tout droit d’un film de sciencefiction, ce titre pourrait paraître banal dans une société où les connexions informatiques sont si omniprésentes qu’aucune attention particulière ne leur est plus portée : nous utilisons chaque jour Internet sans nous soucier des aspects techniques de cette technologie et nous ne nous attardons pas plus sur les éléments qui nous permettent de nous constituer un réseau Facebook ou Linkedin. Et pourtant, ces liens existent bel et bien, dans une couche sous-jacente de la réalité que nous choisissons d’observer chaque jour. Dès lors, ne pourrait-il pas en être de même en ce qui concerne l’humain ? Le terme « connections », employé au pluriel, ne désigne-t-il pas différentes formes de connexions, de la plus matérielle qui soit à la plus évanescente ? L’interconnexion globale du monde actuelle tend finalement peut-être à rendre invisibles les liens les plus naturels qui s’établissent entre plusieurs individus. Cela signifie-t-il alors que les relations humaines sont destinées à être reléguées au rang de simples signes échappant à la vue, voire, dans une certaine mesure, à disparaître ?



Parfois, au détour d’une route ou dans une rame de métro, deux regards se croisent et une connexion invisible s’établit. Bien souvent, ce lien n’aboutira jamais à une communication réelle entre les deux individus ; les normes de notre société laissent en effet une marge de manœuvre réduite à ce genre de rencontres impromptues. Toutefois, les deux êtres qui sont entrés malgré eux en contact se prennent à rêver l’espace d’un instant, parfois même jusqu’à imaginer qu’ils se connaissent. Telles deux âmes sœurs qui s’aperçoivent et se reconnaissent mutuellement, ils comprennent qu’une jointure s’est formée et aurait pu évoluer. La connexion, aussi ténue soit-elle, les a rapprochés et liés provisoirement ensemble.

Pourtant, même si ces liens demeurent invisibles et éphémères, leur impact ne disparaît pas immédiatement pour autant. Le sentiment de symbiose ressenti par l’individu durant ce court instant perdure et grandit en lui, comme pour lui rappeler qu’une proximité s’est un jour établie entre lui et un autre, comme une réflexion dans un miroir,symbole de l’existence d’autres individus peut-être plus proches de lui intérieurement que la plupart de ses proches. Et pourtant, deux individus qui se connectent par un tel lien inobservable ne se ressemblent pas forcément. La plupart du temps, aucun des deux ne soupçonnerait même pouvoir avoir le moindre échange avec l’autre. Comment l’envisager, quand il n’est pas du même sexe, pas du même âge, pas du même milieu, pas du même style ?

Et c’est là que le bât blesse. Si ces connexions existent bien, les individus ont tendance à les nier volontairement, quitte à se mentir à eux-mêmes. Car de tels liens, s’ils semblent anodins au premier abord, peuvent remettre en cause des croyances que nous considérions profondément fixées concernant par exemple notre unicité ou nos principes moraux. Ces connexions sont un attachement à l’étranger, et peuvent dès lors apparaître comme un enchaînement conduisant à l’aliénation de notre personne. C’est une ouverture involontaire à la différence extérieure, qui est parfois vécue comme une honte voire une agression. L’humain, par ses conventions, qu’elles soient culturelles ou personnelles, rejette ces rapprochements et les relèguent plus encore dans le domaine de l’inobservable et de l’impalpable.



Il apparaît ainsi que c’est uniquement par l’effort qu’un individu est capable d’appréhender et de comprendre les liens passagers qui se tissent parfois malgré lui. Quand la technologie est utilisée pour encourager l’indépendance et minimiser les actions humaines, faut-il alors s’étonner du changement de forme des relations sociales ?

Le monde d’aujourd’hui se démarque de celui d’hier notamment par la toute-puissance de l’interconnexion : interconnexion entre les différents pays du monde, entre les différentes cultures, les différentes classes sociales, mais aussi interconnexion entre les sciences, les appareils électroniques, les données. Qu’en est-il des personnes ? Sans conteste, c’est plutôt une déconnexion qui semble s’établir au niveau relationnel ; ou du moins, une transformation de la forme passée des liens sociaux vers une forme plus dématérialisée. Certaines connexions s’établissent par le filtre d’un écran, et celles déjà fondées de manière classique se maintiennent désormais également par le même biais.

Si notre culture tend à encourager le contact direct entre individus, il ne faut pas pour autant considérer que les échanges dématérialisés visent à minimiser les échanges. A l’ère d’Internet et de la téléphonie mobile, les communications entre humains n’ont jamais été si nombreuses et permanentes. La facilité de contact accordée par la technologie ne permet-elle pas au contraire la transformation des relations humaines déclinantes vers une forme plus visible, plus présente ? Les nouveaux moyens de communications revêtent finalement une fonction de support des échanges directs.

Mais contrairement aux connexions invisibles évoquées précédemment, les échanges dématérialisés sont choisis, filtrés et codés. Ils se démarquent par la disparition du caractère naturel et instinctif du contact humain, et par là s’éloignent du caractère formateur de celui-ci. La technologie peut assurer la continuité d’une relation mais se révèle incapable d’induire une évolution individuelle comparable chez l’individu.



Le choix de contact, par le biais des réseaux sociaux par exemple, permet d’orienter ses relations vers les personnes qui nous semblent le plus en accord avec nos critères socio-culturels. C’est pourquoi les connexions directes qui peuvent exister entre deux individus très différents, par leur caractère inattendu et surprenant, sont à même de guider chaque être humain vers une connaissance de lui plus profonde.

Par leur caractère invisible, les connexions entre deux individus s’inscrivent aisément dans une société où l’attention portée à autrui ne représente pas une priorité. Ainsi, même une personne introvertie, repliée sur elle-même, comme invisible, n’est pas à même d’échapper à ce type de contact. A partir du moment où l’existence de ce lien est reconnu par l’individu, il est à l’origine d’une réflexion de la personne sur son identité profonde. L’image de lui-même renvoyé par l’autre lui apparaît si inhabituelle et pourtant si familière qu’une remise en cause de ses convictions est inévitable, bien qu’il soit incapable de ressentir son effet. Ceci se traduit par une transformation personnelle tellement minime qu’elle est invisible pour le reste du monde, mais qui a pourtant orienté la pensée d’un individu vers une prise en compte de l’autre et de sa proximité.

Il semble que les connexions humaines invisibles soient nécessaires à la construction d’un individu tout au long de son existence, sortes de repoussoir au piège du solipsisme, qui se définit comme la « conception selon laquelle le moi, avec ses sensations et ses sentiments, constitue la seule réalité existante dont on soit sûr. » Echappant aux regards des autres, l’existence de tels contacts ne semble pas compromise par la technologie et les normes sociales, mais leur vocation peut être achevée uniquement si les individus acceptent de prendre conscience de ces moments d’ouverture involontaire à l’autre.

Cette réflexion, qui ne constitue qu’une analyse grossière de la question, ne prétend pas définir de façon péremptoire les autres idées associées au titre « Invisible connections ». Elle est uniquement destinée à proposer une interprétation de ces termes dans un contexte d’actualité. Nul doute que la conférence TEDx ad hoc sera en mesure de proposer d’autres pistes de réflexion autrement plus étayées.

Benoît LOGIOU
Elève-ingénieur ENSAM

Vous souhaitez nous rejoindre ? Envoyez nous un mail à

communication@tedxambordeaux.com

SUIVEZ-NOUS !

Sur LinkedIn, Facebook, Instagram